L’enfant qui avait 2 ans … sur son lit d’hospital

J’entendais récemment à la radio locale l’histoire d’une fillette de 3 ans décédée des suites d’une infection. Cela m’a reporté 6 mois en arrière…

Dimanche 8 juin 2014, nous fêtons au restaurant l’anniversaire de ma belle-mamie, la mamie de Roméo. Depuis la veille, ma petite Rebelle est toute chose, un peu fiévreuse, un peu blanchette. Aujourd’hui, elle n’a pas faim. Elle est toujours fiévreuse et toujours blanchette. Le restaurant est bruyant, c’est une très chaude journée. Nous prenons soin d’elle autant que possible dans un environnement qui n’est pas propice au calme. La journée se passe. Le soir, en la changeant, il me semble qu’elle a le cou un peu enflé. J’en prend note et me dit que je verrai l’évolution demain.

Lundi 9 juin, Rebelle est encore fiévreuse. Son cou est raide et enflé. Nous l’emmenons vite voir un pédiatre de garde, remplaçant notre pédiatre en congé. Il nous parle de méningite, il nous parle d’infection. Il n’est sûr de rien, il nous envoie aux urgences pour passer d’autres examens. Notre cœur se serre d’appréhension, de craintes, d’inquiétudes.

A cette époque j’allaite encore BabyRose et l’un de nous doit s’occuper de récupérer BN à l’école. C’est donc tout naturellement moi qui rentre à la maison, le cœur lourd, laissant Roméo veiller sur notre Rebelle.

La journée passe, interminable, sans nouvelles. Une attente où tous les scénario possibles s’enchaînent devant mes yeux. En fin d’après-midi, enfin, Roméo m’appelle. Rebelle est hospitalisée pour une infection dans la gorges. Pendant quelques secondes, c’est le néant total dans mon esprit. Mais je dois me ressaisir. Confier les enfants à une voisine. Amener des vêtements à l’hôpital, pour ma puce et Roméo qui reste avec elle cette nuit. Demain, nous en saurons plus.

Mardi 10 juin. Aujourd’hui, Rebelle fête ses 2 ans … sur son lit d’hôpital. Malgré la nuit étrange que j’ai passé, seule, en pensant à eux deux, je refuse de baisser les bras. J’emmène mon fils à l’école. Je prépare quelques muffins au chocolat. J’emballe soigneusement l’un des cadeaux prévus pour ma princesse. Des animaux à lacer. Après 12h, j’allaite BabyRose puis j’attends mon beau-père qui doit me la garder. Je cours à l’hôpital. Au niveau pédiatrique, je traverse un couloir aux odeurs entêtantes de solutions médicales. Je croise des portes closes d’où des voix d’enfants me parviennent. Les noms de leurs occupants sont notés au véléda sur des ardoises. Le prénom de la première chambre me marque, c’est celui de mon fils.

Et puis enfin, voilà sa chambre. J’entre. Et je la vois. Toute petite, toute blanche. Perfusée et reliée à une machine qui enregistre sa tension, son rythme cardiaque, sa température. Elle peut à peine tourner la tête. Ses pansements sont customisés à l’univers de « disney ». C’est impressionnant de la voir comme ça. Elle refuse mes câlins et mes bisous et se réfugie dans les bras de son père. J’ai l’impression de devoir apprivoiser ma petite fille. Je lui offre ses gâteaux. L’aide à déballer son cadeau, qu’elle observe sans intérêt. L’équipe médicale lui a offert un joli sac à roulette, lui a fait souffler ses bougies. Sa fièvre est persistante et Roméo m’annonce qu’ils la garde encore 4 jours pour voir comment elle réagit aux antibiotiques. Et qu’il reste avec elle.

La question en suspens est : devra-t-elle, ou non, être opérée… Ne pas y penser, ne pas y penser, ne pas y penser. Cela fait à peine 1h30 que je suis là, je dois déjà repartir. Allaiter à nouveau BabyRose et courir récupérer BN à l’école. Une nouvelle soirée étrange se passe. Mon fils ne pose aucune question. Je l’interroge « Est-il surpris que papa et Rebelle ne soient pas là ? » « Veut-il en parler ? » Oui, il veut en parler un peu. Je lui explique la situation avec des mots simples. Ça semble lui suffire. Pour lui, la vie continue.

Le mercredi, puis le jeudi se passent de la même façon, entre visites express à l’hôpital, courses incessantes, inquiétudes, incertitudes, attente d’un diagnostic médical définitif. Chaque jour, Roméo me tient au courant, me parle de sa fièvre fluctuante. De sa peur de l’équipe soignante. De ses sommeils agités. Chaque jour, les soirées me paraissent angoissantes, lorsque je me retrouve seule après avoir couché mes deux autres enfants. Seule, face à la nuit qui arrive. Seule, avec mes doutes.

Vendredi 13 juin. Enfin la bonne nouvelle. Rebelle a bien réagit au traitement. Elle va pouvoir sortir. Je roule jusqu’à l’hôpital le coeur léger, pressée de retrouver ma fille et mon mari. Sur place, nous attendons la confirmation du médecin (pour être vraiment sûrs qu’elle va mieux). Et puis nous rentrons à la maison. Tous les 3 ensembles. Enfin.

Le lendemain, samedi, pendant que BN participe à la kermesse de son école, Rebelle se repose à la maison avec son papa. Le dimanche, elle est suffisamment d’attaque pour souffler ses 2 bougies avec toute la famille.

Un mois plus tard, elle a passé avec succès des visites de contrôle pour être sûr que l’infection avait totalement disparue.

Alors cette fillette de 3 ans, décédée d’une infection, ça aurait pu être ma fille, ma Rebelle. Mon cœur s’est serré pour ces parents endeuillés…

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2 commentaires sur « L’enfant qui avait 2 ans … sur son lit d’hospital »

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