Le jour de la grenouille ou l’importance du langage

Publié le Mis à jour le

J’ai été élevée dans une famille où le « parlé » correct est important. Nous lisions beaucoup. Nous avions du vocabulaire et du savoir-vivre. Nous ne disions pas de gros mots ni même de mots familiers. Je prononçais donc ces mots interdits à l’école, avec mes camarades et je me sentais REBELLE. Je menais les rebellions que je pouvais, que veux-tu ! Mais cela n’était pas dans ma nature et en vieillissant grandissant, j’en ai dit de moins en moins. A tel point qu’aujourd’hui, il m’est difficile d’en sortir un spontannément. Roméo est grossier parfois, sous le coup de la colère ou de la douleur. Rarement donc.

Cela m’est resté et en tant que maman, je m’attache à ce que mes enfants apprennent à leur tour à parler correctement. Par correct, j’entends une bonne syntaxe, du vocabulaire et aucun gros mots.

Dès la naissance des enfants, je me suis appliquée à leur parler normalement, employant rarement un langage « bébé ». Au contraire j’essaye d’employer des synonymes pour enrichir leur vocabulaire. A table par exemple, lorsqu’ils me disent que c’est bon, je réponds que c’est délicieux, succulent… (et j’en profite pour louer mes piètre talents de cuisinière !)

Avec cette capacité incroyable qu’on les enfants à se comprendre entre eux, même lorsqu’ils parlent mal, BN a trop souvent tendance à traduire ce que dit Rebelle (« Ma yoyente » « Elle a un gros ventre » « Vi ! »). Et je le reprend pour qu’il laisse sa soeur s’exprimer (même si cette dernière acquiesce à chaque traduction).

BN a très vite montré des prédispositions à bien parler. Il a commencé à 18 mois, progressant très rapidement dans l’acquisition du langage. A son entrée en maternelle, il parlait parfaitement bien, employant même quelques mots soutenus pour son âge. « Je déteste le soleil maman, il m’éblouit ! » (Oui chéri, allons vivre plus au nord !!)

Rebelle a commencé à parler de façon intelligible quelques jours après ses 2 ans. Sa progression dans l’acquisition du langage est plus lente que celle de son frère (Il ne faut JAMAIS comparer ses enfants, c’est mal !) (Bref faites ce que je dis, pas ce que je fais). A 2 ans et demi, il y’a plusieurs lettres et sons qu’elle ne prononce pas du tout, ce qui la rend encore difficilement compréhensible et entraîne beaucoup de frustration de son côté et du notre.

Régulièrement, je lui fais répéter les mots sur lesquels elle bute pour tenter de lui faire entendre ces sons qu’elle prononce mal. Les « le » deviennent des « ille », elle ne dit pas les « ch », les « s », les « je » et met volontiers des « te » partout. Mais étonnement, lorsque le mot comporte vraiment un « ille » elle ne le prononce pas ainsi et ne dit pas « toi » mais « foi », par exemple. Ma foi ! Je décompose alors les mots pour les lui faire répéter correctement « T-O-A » pour dire « toi ». « TI-EN » au lieu de « chien ». « OU-I » au lieu de « Vi ».

Donc récemment, je l’ai reprise alors qu’elle parlait de grenouille.

Rebelle : « Guenoune »
Moi : « Ma chérie, ça se prononce grenouille ! »
Rebelle : « Guenoune … ille »
Moi : « Non ma puce, GRE-nou-ILLE. »
Rebelle : « M’a m’en FOUT !! »
Moi : « … »

LE CHOC ! BLACK OUT TOTAL ! … TRAVERSEE DU DÉSERT POUR LA MAMAN QUE JE SUIS… (bon je me suis aussi mordue la langue pour ne pas rire devant elle…)

Bien sûr cette expression n’est pas sortie de nulle part. Je ne sais plus quel enfant l’avait entendu, récemment, et cela avait été un sujet de débat entre nous. Je leur avait expliqué que « je m’en fout » faisait partit des mots interdits, « laids ». Que l’équivalent « je m’en fiche » était toléré mais qu’il vaut mieux dire « je m’en moque ». Régulièrement donc, l’un ou l’autre risquait un « je m’en fiche », aussitôt repris par l’autre : « Han Rebelle, on dit « je m’en moque » ! » / « On dit pas m’en fi’te mais m’en mo’te ! »

Jusqu’à présent, ni l’un, ni l’autre n’avait osé aller plus loin qu’une banale réflexion d’enfant : « Hein maman qu’on ne dit pas je m’en fous mais je m’en moque ! » (la ruse classique de l’enfant pour prononcer un gros mot sans être grondé !). Mais ils n’avaient pas osé franchir la ligne… Jusqu’à ce triste jour connu désormais comme le jour de la grenouille !

Il y’a maintenant chez nous un avant et un après Grenouille. Et j’ai compris le message de ma pré-ado : je vais relâcher un peu la pression. A 2 ans et demi, elle est encore petite et a le temps de bien parler !

Complicité
Stop ! (I did it again)
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