Je te l’ai déjà dis à demi-mot : cette année chez nous, il n’y aura pas de rentrée scolaire. Nous avons fait le choix de l’instruction en famille (IEF).

Cette décision a été l’aboutissement d’un long, très long cheminement. Tout à commencé en novembre 2015, en lisant l’article de la blogueuse Héloïse Weiner – It’s a mum’s life. J’avoue avoir découvert ce jour là que l’instruction en famille existait et était possible. Jusqu’à présent je croyais que l’école était obligatoire dès 6 ans. Or c’est bien l’instruction qui l’est, nuance.

Cet article m’a interpellé, certes, mais je me souviens avoir pensé : cette fille est folle d’extraire ses enfants du système ! (Méa Culpa) (Ne plus jamais juger sans savoir 🙄…). Salariée (enfin remplaçante), mes deux enfants aînés à l’école et la petite dernière chez notre nounou en or, je n’étais pas prête à envisager un autre mode de vie.

Les mois sont passés, avec toujours cet article en mémoire. Je continuais (et continue assidûment) à suivre cette blogueuse dont la vie de maman mais aussi autoentrepreneuse m’interpellait beaucoup, me laissant à la fois admirative et incrédule.

Nous étions en décembre 2016. Je travaillais au secrétariat d’une mairie. Et une constatation s’imposait à moi : à chaque mission de remplacement, mes enfants me manquaient un peu plus. J’entendais mes collègues, mes amies, mon entourage parler de leur bouffée d’oxygène en évoquant leur vie professionnel, en opposition à leur vie maternelle. Et ces paroles ne trouvaient plus d’écho en moi.

Je n’étais pas malheureuse d’aller travailler mais j’étais bien plus heureuse de passer du temps en famille. Un temps toujours trop court. Ma vie en tant que salariée me paraissait une course permanente contre le temps, une course qui m’épuisait, me stressait. J’étais une maman angoissée et impatiente, toujours pressée. Je n’étais plus la maman que je souhaitais pour mes enfants. Et puis la titularisation que l’on m’avait fait miroité ne s’est pas concrétisée.

Depuis une dizaine d’année, professionnellement, je peinais à trouver un emploi fixe. Après de multiples CDD que je ne compte plus, des missions d’intérim, un CDI qui s’est terminé sur un licenciement économique, un concours pour tenter une réorientation professionnelle et enfin deux missions de remplacements soldées par des déconvenues, j’étais parvenue à bout de souffle. Une grande lassitude m’a envahit, comme l’envie de profiter enfin de ma vie de maman et de femme, au lieu de courir après une chimère.

Parallèlement à tout cela, suite à son entrée en CP, le comportement de BN s’est encore dégradé. Plus violent, plus brutale, plus grossier. Des choses qu’il ne vivait pas à la maison. Des choses qui me peinaient et me dépassaient.

De son côté, Rebelle s’épanouissait à l’école. Que ce soit en petite ou moyenne section, ses maîtresses la trouvaient très investie et intéressée. Pourtant un détail me chiffonnait : sa fatigue grandissante. Dès le mois de février 2017, il lui arrivait souvent de s’endormir avant le dîner du soir. Était-ce normal ? Et toutes ces fois où je l’avais récupéré un peu chose, entre rire et larmes, à la sortie de l’école, était-ce normal ?

Ainsi à la fin de mon contrat de travail en février 2017, la question des rythmes scolaire de notre rythme familial m’est revenu en pleine figure. Et j’ai continué d’observer :

Notre école et les écoles alentours, toujours plus remplies, toujours en sureffectifs; des enfants bien trop nombreux en classe; des langages fleuris devant les écoles et au jardin d’enfant (enfants et parents !); des jeunes adolescents grossiers et désœuvrés; des enfances sacrifiées… Et une éducation nationale toujours plus orientée dans son programme; un formatage à peine dissimulé; un niveau scolaire toujours plus bas.

L’idée de l’instruction en famille qui ne m’avait jamais vraiment quitté est revenue plus forte que jamais. Etait-ce notre solution ? J’en ai beaucoup discuté avec Roméo. Je pense qu’au début il m’a cru folle (à mon tour) mais il m’a entendu et y a réfléchi. J’ai pris contact avec des associations pratiquant l’IEF dans notre région. Je me souviens avoir discuté 2 heures au téléphone avec une parfaite inconnue, maman en IEF également, dans un échange passionné qui aurait pu durer des heures encore, si les enfants ne s’en étaient pas mêlés 😆.

Nous avons fait la liste des pour et des contre. Peu à peu, les avantages que nous pourrions en récolter pour nos enfants et notre vie de famille s’imposaient face aux désagrément (notamment les finances) :

Un rythme adapté pour les enfants Des programmes plus personnalisés et correspondant à leurs centres d’intérêt Une enfance plus douce et progressive Du temps pour jouer et partager avec eux (notamment des jeux de société qui sont autant pédagogiques que ludiques !) Plus de sorties en semaine, hors heure et jour de pointe Moins d’influences négatives extérieures Moins de fatigue Une meilleure qualité de vie Encourager leur curiosité naturelle…

A mesure que je faisais la liste des pour et des contres, les pour s’allongeaient quand les contres stagnaient à deux-trois points. Nous avons commencé à en parler à notre entourage proche, trouvant un peu de sympathie chez nos amis, beaucoup de « quel courage, moi j’en serais incapable ! ». Le plus gros morceau fut la famille. Nous sommes entouré d’instituteurs et professeurs, à commencer par mes parents… lesquels ont mis du temps à accepter l’idée, effrayés par l’entreprise et le risque de désocialisation des enfants.

Ce dernier point est la crainte la plus fréquemment partagée. Alors, certes, nos enfants verrons moins d’enfants chaque jour, mais ils continueront à voir des enfants de tous âges et des personnes de tous âges en général chaque jour lors de nos sorties et durant les rencontres hebdomadaires des familles IEF.

J’ai compris le point de vue de chacun, j’ai douté parfois, mais peu à peu, nous avons commencé à nous projeter et notre entourage s’est fait à l’idée. Certains se sont même proposé de nous aider avec des conseils ou même des manuels, ce qui nous a beaucoup touché.

A présent, nous sommes prêts à nous jeter sans filet, prêts à nous lancer dans cette grande aventure !

Instruction en famille

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14 commentaires sur « L’IEF : notre choix d’éducation pour la rentrée 2017-2018 »

  1. Quelle décision! C’est courageux vis à vis des regards réprobateurs que vous avez dû supporter… J’imagine! Je suis certaine que si c’est fait intelligemment et par quelqu’un d’équilibré, ce ne sera que du positif pour vos enfants!
    Je suis très contente de te « lire » dans cette aventure!
    Bonne rentrée en famille alors! 😉

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  2. Je vous soutien à 100 % je suis d’accord avec tout ce que ce système a de bon pour l’ouverture d’esprit des enfants, et l’emploi de temps flexible que ce dispositif permet.
    Bon courage dans cette aventure, hâte de te lire dans ton prochain post. Bisous

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  3. Super tu me raconteras, c’est une expérience je suis sûre bénéfique pour tous et enrichissante. Tiens Demain mes filles vont me manquer. Oui, il est important d’accorder du temps à l’enfance et à en Prendre soin. Belle route !

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  4. Tous tes arguments « pour » font tellement écho en moi… et pourtant j’en suis encore à me dire que c’est sacrément courageux et que j’en serai bien incapable! Bravo pour cette décision. Je te souhaite à toi et ta jolie famille tout le meilleur pour cette nouvelle aventure ❤️

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  5. J’ai adoré cet article (tellement bien écris comme d’habitude). Bravo ma fraise pour ce choix! Je te soutiens à 100%. Je te comprends totalement et je suis d’accord que malheureusement le système scolaire est pas mal à la ramasse (et c’est bien triste). L’IEF Ce n’est pas du tout quelque chose que j’envisage mais ça ne m’empêche pas de trouver que c’est une chouette idée. Je sais que tu vas faire ça bien! Ma seule interrogation était (apparement comme beaucoup) « l’arrêt de la vie en communauté » donc j’ai hâte de lire la suite de cette belle aventure. Et j’ai une question aussi: les programmes sont pas évidents après vers le lycée. Bon je sais qu’on y est pas encore mais justement, est ce que tu penses les réintégrer au système classique à partir d’un certain âge? Ou pas du tout? Bref, super intéressant!

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    1. L’arrêt de la vie en communauté 24/24h (ou presque en fait) ne signifie pas l’arrêt de la socialisation, bien heureusement, nous sortons beaucoup et voyons d’autres personnes, enfants et adultes :-). Pour être franche, j’espère que l’IEF marchera tellement bien que les enfants n’exprimeront pas le désir d’être re scolarisés un jour. Si c’est le cas, nous aviserons d’ici le lycée (il y’a des cours par correspondances à moins que nous ne soyons en unschooling total…), dans le cas contraire j’aiderai les enfants à se remettre à niveau (par des cours par correspondance justement si besoin) pour qu’ils réintègrent l’école !

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  6. Quel joli choix ! Vos arguments « pour » résonnent en moi… Nous avons encore le temps d’y réfléchir, mais c’est une option que nous envisageons sérieusement pour l’éducation de notre Petite Loutre. Nous prendrons notre décision en temps voulu. En attendant je me nourris de tous les témoignages concernant l’IEF ! Je vous souhaite une belle aventure !

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  7. Bonjour,
    Chez nous l’IEF est en grande question… C’est le film « Etre et Devenir » qui a tout fait basculer ! On commence une semaine « test »… M est en petite section et ça se passe bien à part la fatigue et le fait qu’on me dise qu’elle ne parle pas à l’école alors qu’elle est tellement bavarde à la maison. Et Y a 7 mois donc on a le temps de voir.
    Quid de votre épanouissement personnel ? Pas de besoin de « bouffée d’oxygène » ? Avez-vous une petite activité pro ou plus du tout ? Comment le vivez vous ?
    Comment ça s’est passée pour la deuxième qui se plaisait à l’école ?
    Comment votre homme vous aide, s’implique s’il travaille à temps plein à l’extérieur ?
    Ce sont autant de questions qui nous tracassent un peu mais pour lesquelles je pense que nous arriverons à trouver des solutions personnelles. Mais les expériences des autres sont toujours intéressantes.
    Merci pour le partage,
    Claire

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    1. Bonjour Claire, chez nous aussi « Etre et Devenir » a été un bon déclencheur et je ne peux que t’encourager d’essayer. Notre vie est un peu chamboulée en ce moment par l’arrivée d’un nouveau bébé mais avant cela, je sortais beaucoup avec les enfants, cela me faisais voir du monde. Et lorsque mon bébé aura grandit, pourquoi ne pas reprendre une activité sportive pour avoir un temps à moi ! Ma seconde aimerait reprendre l’école l’an prochain, quoiqu’elle m’a dit l’inverse pas plus tard qu’hier, elle est partagée car elle apprécie d’être en famille également. Mon mari travaille à plein temps en horaires décalées, ce qui lui permet d’être souvent avec nous. Le mieux, c’est de vous rapprocher d’associations de familles en IEF dans votre région, pour faire des rencontres, des sorties, tisser des liens, avoir des réponses à vos questions, etc. Votre chance est que votre enfant est encore petit et donc non soumis à l’inspection académique, cela vous fait moins de pression pour la mise en route !!

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